L’automne au Japon : un voyage haut en couleurs

Le Pays du soleil levant a cette particularité de se transformer complètement au gré des saisons. Alors qu’en hiver, la neige recouvre les Alpes japonaises pour le plus grand plaisir des skieurs, l’été est très agréable sur les plages d’Okinawa. La saison la plus courue pour visiter le Japon est bien sûr le printemps : en effet, les voyageurs se pressent pour assister à la floraison des cerisiers. Pourtant, ceux qui souhaitent découvrir le pays sous un autre angle, tout en profitant de conditions climatiques idéales sur la majorité de l’archipel ne s’y trompent pas. Les connaisseurs choisissent de voyager en automne au Japon.

Le momijigari, ou l’art d’admirer les feuilles rougir 

L’automne au Japon : un climat idéal

Quand arrive l’automne au Japon, les températures étouffantes et la moiteur de l’été cèdent la place à une météo plus tempérée. Si les journées sont encore chaudes, le ciel est généralement clair et le soleil brille. Cette saison que les Japonais nomment Aki connaît également des nuits bien plus froides. L’archipel n’est plus soumis au risque de cyclone et les pluies se font rares. C’est à ce moment-là que les érables qui tapissent le Japon adoptent une teinte flamboyante, allant du doré au pourpre en passant par le rouge et l’orangé. Les épaisses forêts, mais aussi les jardins qui abritent les temples shinto changent donc de couleur. Ce phénomène naturel souligne d’autant plus la délicate beauté des sites religieux et leur confère un aspect poétique.

Une tradition millénaire

Les Japonais, tout comme les voyageurs, s’adonnent alors au momijigari, littéralement « la chasse aux feuilles rouges ». Il s’agit d’une tradition qui consiste à contempler les feuilles d’automne, l’équivalent automnal du hanami, l’observation des fleurs de sakura au printemps. Elle remonte à l’ère Heian (794-1185), lors de laquelle les aristocrates s’émouvaient devant ce qu’ils considéraient comme un symbole du côté éphémère de toute vie. Cette admiration empreinte de mélancolie, mais aussi de gratitude, donnait lieu à des lectures de poèmes et de fastes banquets. La poésie de manyoshu, au XVIIIe siècle, s’empare également du sujet. Le momijigari reste aujourd’hui prisé pour les séjours de tourisme et les randonnées.

Couleurs des feuilles et fleurs de saison

Le rougeoiement des feuilles d’érables est appelé momiji. Mais les ginkgos aussi se parent d’une couleur jaune vive éblouissante quand vient l’automne. On désigne le feuillage multicolore de tous ces arbres emblématiques par le terme koyo. Cosmos et chrysanthèmes éclosent également à cette période : dans certains endroits, les fleurs roses et blanches tapissent la montagne. C’est donc un véritable festival de couleur qui s’annonce : l’occasion de sortir son appareil photo !

Entre septembre et décembre, les couleurs oscillent entre le vert et le pourpre

crédit photo : Diana Lisunova

Où voir les plus belles couleurs de l’automne au Japon ? Notre top 10

Pour partir à la découverte du Japon en automne, voici quelques conseils à connaître pour façonner votre itinéraire sans rien manquer des spots incontournables du pays. Les sites cités ci-dessous ne sont pas toujours inclus dans les programmes classiques, mais à cette saison-là, ils sont magnifiés par les feuilles rouges des érables.

Le jardin Rikuji-en, à Tokyo

Ce vaste jardin japonais situé au nord de Tokyo s’inspire de la poésie traditionnelle waka. Il est aménagé comme un jardin de promenade de style kaiyushiki, avec plusieurs sentiers parcourant des paysages soigneusement conçus. Le plan d’eau central est doté de plusieurs îlots, reliés par de charmants petits ponts. Lorsque les érables s’embrasent à l’automne, le parc devient particulièrement magnifique. Les illuminations nocturnes organisées en novembre, au pic de la feuillaison des momiji, offrent une expérience mémorable.

Le mont Takao, à Tokyo

Toujours à Tokyo, le mont Takao séduit les locaux aussi bien que les voyageurs, et particulièrement en automne. La forêt se pare alors de mille teintes. Une portion du sentier est même recouverte par un tunnel de momiji. Cela donne l’impression d’être enveloppé dans un cocon de couleurs intenses ! La vue depuis le sommet est spectaculaire. Pour les moins sportifs, un funiculaire relie le pied de la montagne au temple Yakuoin.

Le temple Kiyomizudera, à Kyoto

Le temple Kiyomizudera compte parmi les plus populaires du pays. Véritable joyau architectural et syncrétique, il se compose d’un temple bouddhiste et d’un sanctuaire shinto, ainsi qu’un pavillon principal bâti à flanc de montagne. En automne, il est possible de le visiter de nuit car des éclairages sont disposés de part et d’autre des branchages et des monuments. Mais la visite de jour permet de méditer devant les étangs qui miroitent et les arbres flamboyants…

Le sanctuaire Fushimi Inari Taisha, à Kyoto

Du rouge, du rouge et encore du rouge ! Avec son enfilade de torii vermillons et de magnifiques érables, le sanctuaire Fushimi Inari Taisha éveille tous les sens en automne. Empruntez les sentiers de randonnée qui serpentent à travers la forêt et laissez-vous aller au mysticisme des lieux… Ici, l’on vénère Inari, protectrice des moissons et des commerces. C’est également ce sanctuaire qui apparaît dans le film Mémoires d’une Geisha.

Le parc national de Nikko 

Le parc national de Nikko se compose de sources thermales, de lacs et de cascades, dont la chute Kegon et le magnifique lac d’altitude Chuzenji. Les denses forêts de cèdres japonais, d’érables et de hêtres se parent de couleurs éclatantes dès le début du mois d’octobre. Le camaïeu de vert, de jaune, d’orange et de pourpre évolue ensuite au fil des mois. Après une journée de randonnée, détendez-vous dans un onsen – avec vue !

Le parc Gora, à Hakone

Mêlant les styles occidentaux et japonais, Gora s’échelonne sur plusieurs niveaux fleuris. Des centaines d’érables encerclent les parterres de roses, d’hortensias et d’azalées : dès le mois d’octobre, les contrastes s’accentuent. Deux maisons de thé sont installées dans le parc et proposent aux visiteurs de siroter une tasse dans un cadre somptueux. Des artisans présents dans le parc proposent en outre des ateliers d’arrangement floral.

Le parc national de Shiretoko, à Hokkaido

Si vous voyagez au Japon au mois de septembre, visez l’île d’Hokkaido pour votre momijigari. Connu pour ses paysages naturels, le parc national de Shiretoko est notamment réputé pour sa population d’ours noirs. Le nom du parc signifie, en aïnou, « extrémité de la terre » : aucune route ne le traverse et plusieurs portions du littoral y sont encore vierges de toute trace humaine. La péninsule vire du vert au rouge très tôt dans la saison. C’est l’idéal pour une immersion dans une nature sauvage et dans un endroit peu fréquenté du pays.

Daisho-in, à Miyajima

Cap au sud, à présent, sur l’île de Miyajima, où se dresse le plus important temple du bouddhisme Shingon. Ce sont d’ailleurs des milliers de pèlerins qui s’y pressent chaque année. Daisho-in rassemble près de 500 statues, nichées dans des grottes ou perchées le long des nombreux escaliers. Les innombrables icônes sont parfois dissimulées sous les feuillages flamboyants. De quoi inciter les visiteurs à méditer, comme autrefois, devant le caractère éphémère de l’existence…

La vallée de Kamikochi, dans les monts Hida

Au cœur des Alpes japonaises, cet endroit brut et à l’écart des sentiers touristiques déploie des panoramas grandioses. Le parc est sillonné de gorges et de rivières qui en soulignent le relief accidenté. De nombreuses randonnées sont accessibles pour explorer ce lieu d’une pureté exquise. La palette de couleurs est presque insensée en automne : blanc des plages, émeraude des cours d’eau, orangée des feuillages… Optez pour un trek jusqu’au mont Yakedake pour être seul à profiter de ce paysage d’exception.

Le lac Kawaguchiko, au mont Fuji

Le lac Kawaguchiko est l’un des cinq lacs qui entourent le mont Fuji. Pour embrasser du regard à la fois la montagne couronnée de neige et les érables orangés, flânez sur les rives du lac ou optez pour une croisière. Les couleurs automnales se reflètent dans l’eau en un tableau paisible et enchanteur. Les photographes apprécieront particulièrement les possibilités de capturer ces images saisissantes.

Les couleurs de l'automne au Japon tranchent avec le blanc du mont Fuji

crédit photo : Alisa

Quand visiter le Japon pour profiter des plus beaux paysages automnaux ?

Le momijigari dure généralement de la mi-septembre à la fin novembre. L’automne au Japon débute dans les régions montagneuses du nord et se déplace au fil des semaines vers le sud, dans les régions plus chaudes. Les koyos s’observent en premier lieu dans les montagnes, avant de se propager partout dans les parcs et les sanctuaires. Il convient d’adapter votre circuit aux dates de votre voyage pour être sûr d’en profiter au maximum : pour ce faire, suivez le guide !

La progression des couleurs de l’automne au Japon

Hokkaido 

La montagneuse Hokkaido est réputée pour ses hivers rigoureux et ses stations de ski. Dans l’île la plus septentrionale du Japon, le mercure baisse dès la fin septembre : c’est donc à partir de cette saison que l’on peut admirer les premiers dégradés de jaune et d’orange ! La saison de la chasse au momiji dure jusqu’à mi-octobre, avant que les feuilles ne commencent à tomber.

Tohoku

Poursuivez votre descente vers le sud et arrêtez-vous un instant à Tohoku. Dans le nord-est de l’île de Honshu, l’île principale de l’archipel, les arbres rougissent dès le milieu du mois d’octobre et le pic est atteint début novembre. La région est caractérisée par des chaînes de montagnes et de volcans, mais aussi par des rizières en terrasses, ce qui promet des tableaux saisissants à cette saison.

Kanto

Kanto, plus aplanie, regroupe plusieurs villes dynamiques mais également de remarquables jardins. La région de Tokyo marie modernité et traditions à la perfection. Elle est resplendissante entre mi-novembre et début décembre, quand les jardins de la capitale éblouissent les visiteurs.

Kansai

De même, la région du Kansai voit ses érables et ses gingkos changer de couleur entre mi-novembre et début décembre. Dans la partie centrale de l’île de Honshu se trouvent entre autres les villes d’Osaka, de Nara et de Kyoto : torii, temples zen, quartiers historiques, châteaux et parcs sont au programme.

Chugoku

L’automne commence autour de la mi-octobre sur l’île de Chugoku, bien que cela puisse varier légèrement selon les régions spécifiques. À Hiroshima, la saison atteint son apogée mi-novembre. Une randonnée jusqu’au sommet du Mont Misen offre des vues spectaculaires sur les teintes automnales de la forêt. Capturez les couleurs vives des feuilles à la lumière du matin, ou bien en toute fin d’après-midi.

Kyushu 

Il faut visiter Kyushu, l’île principale la plus au sud du Japon, si vous prévoyez un voyage au Japon plus tardif. En effet, les couleurs automnales sont visibles tout particulièrement au milieu du mois de décembre. De nombreuses promenades dans les montagnes permettent de plonger dans les couleurs d’automne.

L'automne au Japon est particulièrement resplendissant à Kyoto

crédit photo : anekoho

Le calendrier des festivals d’automne au Japon 

Les locaux continuent, comme autrefois, de fêter l’arrivée de l’automne au Japon avec ferveur. L’effervescence bat son plein dès le mois de septembre. Diverses traditions accompagnent le changement de saison, mettant en valeur le lien profond entre la nature et la culture japonaise. En famille ou entre amis, on se rend dans les parcs pour s’adonner à la contemplation, ou bien l’on participe à l’un des nombreux festivals organisés pour l’occasion.

Jidai Matsuri

Le Jidai Matsuri, qui commémore la fondation de Kyoto, est une grande parade qui se tient le 22 octobre. Elle se déroule du Palais impérial au sanctuaire Heian. Les participants sont vêtus de costumes détaillés représentant l’époque où Kyoto était la capitale nationale. La parade retrace environ 1100 ans d’histoire à travers des épisodes militaires, culturels, aristocratiques et populaires. Bien que le Jidai Matsuri soit relativement récent, il est l’un des trois festivals les plus célèbres de Kyoto, avec le Gion Matsuri en juillet et l’Aoi Matsuri en mai.

Festival du feu de Kurama

Si, ce soir-là, vous vous trouvez plutôt à l’extérieur de Kyoto, ne manquez pas le festival du feu de Kurama. Il s’agit d’un village à flanc de montagne où la nuit du 22 octobre, des centaines de personnes défilent en brandissant une torche enflammée. La procession reproduit une cérémonie très ancienne qui a accompagné l’établissement du sanctuaire de Yuki-jinja pendant l’époque Heian. Les villageois ont alors accueilli les kamis en grande pompe, et continuent de le faire encore aujourd’hui. Une multitude de bougies éclaire chaque maison, et chaque famille expose à sa fenêtre des objets ancestraux. La magie opère immanquablement…

Nagasaki Kunshi

Depuis plus de 400 ans, les Japonais célèbrent le Nagasaki Kunshi pendant trois jours début octobre. La ville se transforme alors grâce à une multitude d’événements et des stands de street food. À vous gastronomie locale, hashimaki et autres frites mochi mochi ! Les écoles ferment même plus tôt qu’à l’habitude, afin que même les plus jeunes puissent se joindre aux festivités. Le clou du spectacle est sans conteste la danse du dragon, inspirée par la culture chinoise.

Festival d’automne de Takayama

Vers la mi-octobre se tient un élégant festival à Takayama, dans la région du Tokai. À cette occasion, les habitants expriment leur gratitude pour les récoltes et se préparent pour l’hiver. Des chars que l’on pourrait comparer à des temples mobiles défilent autour du sanctuaire de Sakurayama Hachimangu. Décorés avec des marionnettes et des lanternes faites à la main, ils sont d’une splendeur et d’une richesse inouïes.

Festival de Meiji Jingu

Tous les ans, début novembre, le sanctuaire Meiji à Tokyo organise de nombreuses performances artistiques et des rituels shinto. On rend alors hommage à l’empereur Meiji. Musique Hohaku, théâtre Noh, danse Bugaku et Yabusame (tir à l’arc à cheval) sont entre autres au programme des réjouissances. Il s’agit d’un condensé des arts japonais, un incontournable pour qui souhaite comprendre toutes les subtilités de la culture nippone.