Portrait chinois du Japon selon Blandine, experte destination
Parce qu’une destination comporte de multiples facettes, Blandine vous dresse un portrait chinois de son pays de cœur, le Japon. Plutôt que de s’attarder sur les temples et les paysages, cette passionnée dépeint le pays du Soleil-Levant à travers des légendes, des films, des saveurs ou des sons qui le représentent le mieux. Suivez le guide, à travers cette visite insolite, et préparez de façon originale votre prochain voyage au Japon !
Si le Japon était un livre…
Pour moi, ce serait « Les délices de Tokyo », une nouvelle délicate qui raconte la vie d’un homme solitaire travaillant dans une boutique de dorayakis, ces petites pâtisseries japonaises garnies de pâte de haricot rouge. Un jour, une vieille dame franchit la porte de la boutique, et à partir de là, tout est bouleversé… Cette histoire fut ma première immersion dans la vie quotidienne japonaise : des personnages attachants, une histoire émouvante, et en toile de fond, la confection des dorayakis qui vous met l’eau à la bouche. On entend presque les haricots crépiter dans la casserole, on devine l’odeur sucrée qui emplit la pièce… et l’on se retrouve transporté dans une véritable dégustation littéraire. Après avoir refermé ce livre, je me suis fait une promesse : le jour où j’irai au Japon, je goûterai des dorayakis.
Et je l’ai tenue. Mon guide m’a emmenée dans une boutique incroyable, nichée au cœur de Tokyo, dans la rue commerçante de Takeshima. Sa spécialité ? Les dorayakis, sous toutes les déclinaisons imaginables. Finalement, je n’ai pas choisi la version traditionnelle à la pâte de haricot rouge… mais j’ai craqué pour une création gourmande : un dorayaki fourré à la crème de thé matcha et garni d’une fraise. Une bouchée, et toutes ces années d’attente ont trouvé leur récompense. J’ai eu une pensée émue pour les personnages du livre, comme si je partageais un peu leur histoire.
Depuis, chaque fois que je retourne au Japon, je regarde le film adapté du roman dans l’avion, comme une manière douce de renouer avec cette émotion qui m’a donné envie de découvrir le pays.
Si le Japon était un plat…
Choisir un seul plat est un défi, tant la gastronomie japonaise est riche et variée, presque aussi foisonnante que la cuisine française. Pourtant, parmi toutes les saveurs que j’ai découvertes, je choisirais les ramens. Ce plat populaire a littéralement changé ma vision de la cuisine japonaise, que j’associais surtout aux poissons, aux fruits de mer ou aux nouilles soba et udon. Le ramen, pour moi, c’est comme une madeleine de Proust : à sa simple évocation, un sourire se dessine sur mon visage et je suis instantanément transportée au Japon, dans un yatai de Fukuoka, où j’ai dégusté le meilleur repas japonais de ma vie.
Un yatai, c’est un petit stand ambulant qui ne compte qu’une dizaine de places. Une curiosité unique à Fukuoka, sur l’île de Kyushu. L’expérience est incroyable : vous êtes assis au comptoir, dans un espace minuscule, entouré de clients japonais. Face à vous, le cuisinier orchestre un ballet culinaire : gyozas dorés à la minute, okonomiyakis (ces fameuses omelettes japonaises), ramens fumants, brochettes yakitori… Un véritable défilé haute couture des spécialités japonaises, préparées en quelques instants avec une simplicité désarmante. Et puis il y a l’ambiance !
Ce lieu vous plonge au cœur de la convivialité japonaise. Même si la conversation est limitée (je ne parle pas japonais), les gestes suffisent. On se comprend par le sourire et le partage d’un repas exceptionnel.
Si le Japon était une boisson…
Ce serait sans hésiter un thé vert. Sous sa simplicité apparente, l’univers du thé au Japon cache une grande complexité. Les Japonais en consomment chaque jour, mais ils en ont fait une boisson d’exception, presque sacrée. Derrière une « simple » tasse se cache un art millimétré, une ode à la nature qui a offert ces feuilles précieuses.
Tout commence dès la récolte : la région de provenance, la qualité des feuilles, la méthode de séchage… Puis vient la préparation, où chaque détail compte : la température de l’eau, le temps d’infusion, le choix du thé. Rien n’est laissé au hasard. Et au-delà de cette précision, il y a l’environnement : le raffinement des lieux, la beauté des gestes, la délicatesse des tasses. Vous avez l’impression d’entrer dans un espace-temps différent, comme plongé dans un film à l’époque des samouraïs.
Si le Japon était un film…
Si j’étais une enfant je citerai Totoro, parce qu’on a envie de croire qu’il existe vraiment au Japon. D’ailleurs, en passant devant un camphrier, on ne peut pas s’empêcher de regarder attentivement si il n’est pas caché parmi les branches ou les racines… on ne sait jamais. L’imaginaire et les paysages d’une campagne japonaise sont tellement vrai que lors d’un voyage au Japon, la frontière entre l’univers de Totoro et la réalité se confond parfois. Et puis Dragon Ball évidemment, il a bercé mon enfance.
Si j’étais une ado, je citerai l’un de mes mangas préférés : Bleach, Black Clover, Demon Slayer, Dr. Stone ou encore My Hero Academia.
En tant qu’adulte, je répondrai donc : Mémoires d’une Geisha, mais surtout la série Shogun, une plongée violente et brutale dans un Japon médiéval. Les costumes, les décors, l’histoire et les acteurs nous immergent dans l’histoire passionnante de l’unification japonaise. Je conseille de le regarder en V.O. !
Si le Japon était une couleur…
Le Japon ce n’est pas une, mais mille couleurs. On commence l’hiver par un ciel bleu qui tranche avec la neige immaculée des Alpes japonaises. Le blanc de la neige laisse place au blanc des pruniers qui annoncent les prémices du printemps. Puis le pays se couvre de rose, lorsque les sakuras révèlent leurs exceptionnelle beauté. C’est un des moments les plus fort d’un voyage au Japon et évidemment une saison très prisée. Les Japonais eux-mêmes célèbrent cette période dans les rues, pour admirer ces paysages extraordinaires.
Puis vient le tour des azalées, des pivoines, des glycines, des iris et de tant d’autres avant de céder la place aux rois des forêts japonaises : l’érable rouge et le ginko. Leur flamboiement apporte une touche irréelle aux paysages d’automne. On ne se lasse pas de les photographier sous toutes les coutures, sans jamais parvenir à en capturer la beauté naturelle. Enfin, les camélias terminent la saison des couleurs en décembre, et annoncent ainsi le début d’une nouvelle année.
Si le Japon était une personne…
Ce serait non pas une personne, mais plusieurs : ces artisans que j’ai rencontrés sur Fukuoka et Yamé. C’était frappant d’être témoin d’une telle transmission, d’une génération à la suivante. En effet, les enfants des artisans reprennent un atelier mais avec lui, un ensemble de traditions et une histoire familiale bien ancrée. Or, le défi est de taille car les nouvelles générations recherchent davantage de facilité, avec par exemple des boite bento qui passent au lave-vaisselle plutôt que des objets traditionnels qu’elles considèrent parfois comme encombrants. Le Japon, jusque-là préservé, fait donc face à une transformation profonde. Un exemple brillant me reste en mémoire : celui de cette jeune femme dont les parents tiennent une plantation de thé à Yamé (Kyushu) et qui a su réinventer le thé vert traditionnel pour en faire l’équivalent d’un vin qu’on associe à une dégustation de plats. L’accord subtil entre les deux est époustouflant !
Si le Japon était un souvenir à ramener…
Des baguettes laquées ! D’une part, c’est un souvenir qui allie l’utile à l’agréable. Les baguettes en laque sont faites de façon traditionnelle selon un savoir-faire unique, qui se transmet de génération en génération. Les Japonais sont devenus les maitres incontestés de cet art insolite ! D’autre part, la gastronomie japonaise fait honneur à ces baguettes laquées, et le plaisir de manger des plats délicieux avec des baguettes vous fera toucher du doigt le raffinement subtil japonais.
Si le Japon était un lieu emblématique…
Itoigawa. Vous ne connaissez pas, n’est-ce pas ? Il s’agit d’une vraie pépite pour tous les voyageurs qui veulent découvrir le vrai Japon. Niché entre Tokyo et Kanazawa et super accessible en Shinkansen, Itoigawa se trouve entre mer et rizières en terrasse, sur les contreforts des Alpes japonaises, avec son port et ses côtes escarpées. Sur place, ce qui fait vraiment la différence, c’est la rencontre authentique avec les habitants. Prendre le temps sur cette étape est incontournable pour vivre le Japon comme un local. Après une visite au marché aux poissons, où l’on achète ses provisions, on rejoint son cours de sushi avec un maitre sushi local dans son restaurant. On peut aussi discuter avec les producteurs de wasabi ou de riz, faire ses courses comme si on était à la maison ou encore récolter les légumes dans le potager et cuisiner avec ses hôtes son repas du soir.
Mais l’expérience ne s’arrête pas là ! Il faut absolument découvrir les plages à vélo pour y ramasser des jades, visiter une fabrique artisanale de tatami, assister à un entraînement dans une école de kendo, passer la porte d’une école de kyudo (tir à l’arc) pour découvrir cet art ancestral guerrier pratiqués par les samouraïs…












